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Ce matin, l’atmosphère était particulière…
En résidence d’artiste au Centre d’instruction naval depuis septembre 2025, après l’embarquement sur le Belem et la présentation au drapeau, je poursuis, ces derniers temps une quête simple et exigeante : celle de l’humain, de la jeunesse maritime, dans un lieu où l’architecture dialogue sans cesse avec la lumière de la rade de Brest.
Ce matin, l’atmosphère avait changé…
Première aurore sans soleil depuis plusieurs jours, un vent de Nordet toujours bien établi, et cette fraîcheur à 6h30 qui rappelle que l’hiver n’a pas encore tout à fait lâché prise. L’horizon manque de netteté, les masses nuageuses s’épaississent. Et dans l’air, une odeur singulière, presque métallique, comme une odeur de poudre. L’air est chargé, prêt à rompre.
Ce matin, 7h00.
Tout s’accélère. Lycéens, mousses, maistranciers et encadrants courent dans tous les sens pour être prêts selon la consigne de tenue. Et hors de question de bâcler le nettoyage des postes et des lieux communs qui s’opère sur le même créneau. À 7h45, ils devront être en place, impeccables, sur la place d’armes. Ce matin, à 8h00, l’amiral sera là. Le rituel de la levée des couleurs ne souffre aucun retard.
Puis le temps suspend son cours.
Le drapeau national s’élève. Une Marseillaise pleine, juste, portée par les élèves de l’École de Maistrance. Une scène dense, vibrante, de celles que l’on vit d’abord pour soi.
Quelques grondements annonciateurs venus du ciel me mettent en éveil photographique. Je tente quelques rafales avec un cadrage large au 24mm, boitier Leica SL2s avec le 24-90mm. Avec un peu de chance, un éclair sera dans la boite. L’avantage du numérique est de pouvoir déclencher en nombre sans avoir peur de la pellicule à bout et du portefeuille à sec pour les tirages ! Et là, je dois avouer que j’ai eu beaucoup de chance, car le second éclair est dans la boite. Je me déplace pour varier les angles et avant-plans. Les deux éclairs suivants, bien plus conséquents et déchirant le ciel, sont malheureusement ratés. Le défilé prévu est « bâché », la pluie est arrivée, les lycéens se dispersent bruyamment pour rejoindre leur salle de classe.
Je prolongerai la matinée à l’intérieur des bâtiments, entre les œuvres de Serge Markò, Albert Brenet et Pierre Péron, trois regards de Peintres officiels de la Marine qui, eux aussi, ont su capter l’âme de ces lieux au siècle dernier.
Et pour ceux qui s’interrogent : aucun montage, aucun artifice. Pas d’IA ou Photoshop. J’ai d’ailleurs beaucoup hésité à poster cette photographie tout comme je n’ai jamais posté celle de l’étrave du BRF Jacques Chevallier qui coupe une chasse de fous de bassan en deux, avec des dauphins et des thons qui sautent, sur fond du phare Saint Mathieu impécablement éclairé…
Seulement un instant rare… et beaucoup de chance !