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Il y a des jours où la côte semble avoir décidé de garder le silence. Mariquita glisse au pied des falaises d’Étretat, au près dans le clapot et les voiles sont retenues. Le skipper hésite. En tête de mât, le vent passe au dessus du petit flèche sous l’effet de dévent du bloc calcaire.
Bateau pas assez puissant, mais le prochain bord l’éloignera de la falaise et à ce moment-là, la garde-robe sera adaptée…

Le phare d’Antifer veille au-dessus, droit, immobile, sentinelle d’un monde minéral que la mer ronge patiemment depuis des millénaires. Tout ici respire la verticalité: la craie, le fanal, l’espar et le temps.

Et puis, dans ce décor presque trop stable, un détail accroche l’œil.
Une cardinale Ouest, déplacée, exposée. Elle est comme déposée là par une tempête qui aurait perdu le sens de l’orientation. Échouée hors de sa route, elle raconte autre chose : la violence passée, le désordre et la mer qui parfois ré-affirme sa puissance sans ménager.

Mariquita avance pourtant. Œuvre d’art flottante, fragile et souveraine à la fois, elle traverse ce théâtre naturel avec une élégance qui n’a rien de décoratif. Elle ne s’oppose pas au paysage, elle le prolonge. Bois, toile et hommes dialoguent avec la falaise, dans une même grammaire.

La mer se calme toujours après avoir parlé trop fort.
Reste alors cette image : un yacht début XXè, une côte immuable, un phare, et les traces invisibles d’une tempête que seuls les marins savent encore lire.