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Ce soir-là, l’Hermione avait mis sa grande chaloupe à l’eau.

Entre chien et loup, j’entrepris de proposer à l’équipage de monter un studio à ciel ouvert. Le commandant suggéra alors de s’habiller comme à l’époque de La Fayette. Un clin d’œil à son prédécesseur, Louis-René-Madeleine de La Touche-Tréville.

Pas moins de cinq flashs, synchronisés à distance, furent déployés pour saisir cette scène colorée.

Quelques instants auparavant, équipé d’un caisson étanche et d’une lumière artificielle sous-marine, je mettais en boîte la photographie qui allait me permettre de devenir Peintre Officiel de la Marine. Une image composée entre air et mer, poursuivant une série entamée aux côtés d’une autre star : l’Abeille Bourbon.

Une belle photographie naît soit d’un fantasme, soit d’une frustration. Pour celle-ci, ce fut un mélange des deux.

La frustration est née d’un récit qui m’avait été conté quelques mois auparavant : ne pas avoir été là au bon moment. Imaginez le décor. L’une des îles bretonnes les plus paradisiaques, Hoëdic. À l’aube, la frégate mouille ses ancres dans une eau azur. L’équipage, en habits d’époque, aborde une plage de sable fin, eau turquoise, dans la torpeur du petit matin.

On aurait presque pu y apercevoir Colomb, à bord de la grande chaloupe, s’extasiant devant le Nouveau Monde, le tout porté par une musique de Vangelis. Dans mon esprit, la scène était forcément accompagnée d’une brume enveloppante.

Cette scène a existé. Je n’étais pas présent. Frustration.

Alors forcément, lorsque plus tard je croise la route du fier vaisseau àBrest, je fais feu de tout bois pour tenter l’image. Une atmosphère fantasmée naît dans mon esprit : celle d’une scène parfaite, où j’invite l’Hermione à entrer dans mon univers, celui de la photographie et de la lumière studio.

Entouré de ma famille, en guise d’assistants, nous construisons ce fantasme avec un immense plaisir.

Cette composition n’a rien de spontané. Elle n’est authentique que parce que tous les acteurs y croient, unis dans la fierté d’un glorieux passé recomposé. Un passé qui vit le peuple français apporter son concours aux Américains pour se défaire du joug britannique et conquérir leur liberté.

C’était il y a 250 ans cette année. Une Marine royale qui fêtait déjà alors ses 150 ans d’existence, soit quatre siècles en 2026. Les turbulences géopolitiques actuelles font-elles réellement le poids à moyen terme face à ces réalités historiques ?

Seulement voilà. L’Hermione est malade. Belle agonisante au chevet de Gepetto. Elle a besoin de vous, gouvernants, entreprises, mécènes, pour vaincre cette maladie honteuse et renaître, pour notre plus grand plaisir, pour un rayonnement tricolore sur toutes les mers.

Si votre cœur a battu à une fréquence inhabituelle en découvrant cette photographie ou en parcourant ces lignes, c’est bien là le seul argument pour vous mobiliser.

Cette frégate est un trésor national.

Pour les joueurs de tarot, la belle est l’atout numéro un : le « petit », à la fois puissant et fragile. Mobilisons-nous pour l’emmener au bout.

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