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Ambiance de passerelle…

À bord du BRF Jacques Stosskopf, 30 000 tonnes d’acier engagées dans l’exercice Orion, nous venons de récupérer l’hélicoptère sur la plage arrière. Vent autour de 35 nœuds, mer formée, manœuvre à la limite du domaine de vol mais parfaitement tenue par les marins du ciel de Lanvéoc Poulmic. Aujourd’hui, nous avons ravitaillé des Britanniques, Français et Hollandais. Le porte avions Charles de Gaulle suit son programme à quelques miles. Sa route « avia » impose à tous la vigilance. Envoyer une pontée de Rafale Marine au milieu des rails remplis de cargos et de pêcheurs « peu compréhensifs » dans une zone resserrée n’est pas un sport de masse.

Le soleil descend dans une lumière hivernale jaune dense qui accroche les superstructures. La tension des opérations retombe d’un coup.

Je monte en passerelle.

Un quart d’heure plus tard, le ciel est encore rose sur l’horizon. Nous sommes exactement entre chien et loup. Le moment qui retarde le jour, la fameuse nuit aéronautique. Malgré la hauteur du navire, l’étrave tape et renvoie de fines gerbes d’écume. C’est très beau à observer. Un moment maritime comme je les aime. L’ambiance est calme, concentrée. Je cadre volontairement avec le montant de la baie vitrée parfaitement vertical pour provoquer un sentiment d’appartenance à deux mondes. Celui des oiseaux du large et celui des marins. Deux espèces du large ! Malgré le manque d’acuité provoqué par la vitre contre laquelle mon objectif très grand angle de 14 mm est collé, l’ambiance prend le dessus.

La photographie naît à ce moment là. Le commandant me félicite. Ce qu’il y a d’appréciable avec les marins, c’est qu’ils prennent encore le temps de regarder et d’apprécier les choses traditionnelles. Un œil incisif d’expert de leur univers et un regard extasié, presque naïf, sur la transposition de leur quotidien en technique artistique.

Deux heures plus tard, je suis de retour en passerelle.

On y arrive par une coursive éclairée en rouge, je pousse la porte… C’est une pénombre que je n’avais encore jamais observée dans une passerelle d’un bâtiment de la Marine nationale. Il faut quelques secondes avec les bras devant pour se repérer. Puis les yeux s’habituent. Bandes luminescentes faiblardes, silhouettes humaines, écrans très atténués. Le bateau continue de bouger, les bruits sont sourds, les voix basses et feutrées. Par moments, un buzzer nasillard accroche l’attention du chef de quart, sans jamais casser le rythme général. Dehors, au loin, les feux de Saint Vaast la Hougue et de Tatihou apparaissent par intermittence dans les vitres. Au lever du soleil, j’aurai droit à un face à face avec la FDI Amiral Ronarc’h escortée par un couple de fous de Bassan…

Je suis heureux d’être la à ce moment précis. La photographie m’a permis de faire partie de l’équipage, un sentiment très agréable pour un passionné de mer et de bateaux !