Le 8 janvier 2026.
Fin d’après-midi.
Tempête Goretti
Le Fromveur II arrive d’Ouessant.
Une traversée tendue, froide, sans emphase. Pas une mer spectaculaire, mais une mer du vent, la plus dangereuse, car sournoise. Des vagues moyennes, courtes, serrées, lourdes, écrasées par des rafales dépassant allègrement les 100 km/h. Une mer qui déséquilibre, qui fatigue, qui use.
Tentative d’accostage au Conquet.
Impossible. Le bateau reste en mer, à l’embouchure du chenal du Four. Les parages sont vraiment hostiles quand la météo est complexe ! Heureusement, la mer est encore basse.
Devant le regard bienveillant du phare de Saint-Mathieu et des marins logés dans le sémaphore, la tourelle des Vieux Moines se prend pour le phare du Four avec quelques vagues belligérantes… A ce moment précis, il faudra près de dix minutes au Fromveur II, cap au sud, seulement pour pouvoir virer sur bâbord et embouquer le goulet de la rade de Brest. Je crois que je n’avais jamais vu cela !
Entre le phare de Saint-Mathieu et le phare du Minou, le bateau se libère. Il surfe, presque léger, comme une planche, clin d’œil involontaire en passant devant le spot éponyme ! La mer porte au lieu de frapper et c’est un nouveau risque qui succède à la mer de face, celui d’enfourner par un manque de maîtrise de la vitesse. Pas de mise en scène. Pas d’héroïsme inutile. Le commandant réduit l’allure, les passagers peuvent souffler un peu.
Bientôt, le quai de la douane…
Aujourd’hui, le service public de liaison des îles du Ponant a tenu bon, bravo les marins !
Drummond Castle, Swansea, Saracen, Kléber…
Chaque passage du Fromveur II en mer d’Iroise se fait au-dessus d’une mémoire collective, lourde et engloutie. Des milliers d’épaves, et autant de morceaux d’Histoire, jonchent les fonds de la mer Celtique. Des milliers d’histoires qui se délitent sous l’effet des courants et des tempêtes.
Heureusement, des dizaines d’écrivains et de journalistes ont sauvegardé la mémoire de ces lieux hostiles, comme autant de témoins de notre rapport à la mer et de ce qu’elle a à offrir, des raisons qui poussent à s’en méfier. D’Henri Queffélec à Pierre Loti, en passant par Christian et Tangi Quéméner, nous découvrons le travail accompli par nos anciens et les aventures vécues par les marines étrangères croisant au large.
Ce fier navire à passagers est d’abord fait de cet héritage. Le trait de l’architecte, Breton évidemment, toise fièrement les assauts des vagues furieuses poussées par le vent de la tempête Goretti. Chaque tôle a été assemblée chez PIRIOU à Concarneau. Le commandant de la Pen ar Bed, seul maître à bord après Dieu, a confiance en sa monture et en son équipage. Ce jour-là, il amènera la soixantaine de passagers à bon port.
La liaison des îles est vitale ; elle est telle une bougie balayée par les caprices d’Éole, drossée par la volonté d’Hippothoé. Quand ces deux-là s’allient, le marin le sait et réfléchit à deux fois avant de s’aventurer sur l’eau.
Pour cette traversée, la mer aura laissé passer le professionnalisme et autorisé la beauté de l’instant. Merci !
Le Fromveur II est mené de manière humble et déterminée. Il ne conquiert rien. Il relie. Et dans cette mer puissante, imprévisible, sournoise, c’est déjà beaucoup.